Ceux qui ont disparu mêlent leurs visages au nôtre. Nous sommes étroitement liés, souterrainement, dans une métamorphose incessante. C’est pourquoi il est impossible de définir aussi bien la vie que la mort. On ne peut que parler d’une sorte de flux qui sans arrêt se transform…
Ce qui est dit n’est jamais entendu tel que c’est dit: une fois que l’on s’est persuadé de cela, on peut aller en paix dans la parole, sans plus aucun soucis d’être bien ou mal entendu, sans plus d’autre souci que de tenir sa parole au plus près de sa vie
Cette inaliénable égalité devant le vide, l’horreur du vide, la souveraineté du vide. Que nous la reniions ou non, peu importe. C’est là que nous sommes. C’est là qu’adviennent les rencontres.
L’ombre grandit dans la pièce. On n’éclaire pas, il y a assez de mots pour se voir.
C’est curieux comme on est avec les morts : d’abord on jette dessus plein de bruits, de prières et de cris, ensuite on les recouvre sous des pelletées de silence.
Car c’est être poète que regarder la vie et la mort en face, et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs.
Il y a plusieurs durées dans votre vie. Il y a plusieurs eaux mélangées dans le temps. L’enfance fait comme un courant profond dans la rivière du jour. Vous y revenez souvent, comme on revient chez soi après beaucoup d’absence.
Lisant, non pas pour savoir, non pas pour apprendre, pour accumuler, pour entasser, pour acquérir. Non, rien de tout cela. Lisant bien plutôt pour oublier, pour se déprendre, pour perdre, pour se perdre. Redevenant seul, infiniment seul.
Les fleurs sont les premières gouttes de pluie de l’éternel.
Les livres sont des chapelets d’encre noir,chaque grain roulant entre les doigts,mot après mot.Et c’est quoi,au juste,prier.C’est faire silence.C’est s’éloigner de soi dans le silence.
Dieu tenait au dix-septième siècle la place qu’aujourd’hui tient l’argent. Les dégâts étaient moindres.
Nous avançons dans la vie avec des mains rougies de criminel. Le déluge de notre mort les blanchira.
L’ange qui nous a chassé du paradis a négligé de fermer quelques portes.
Les vivants sont un peu durs d’oreille. Ils sont souvent remplis de bruit. Il n’y a que les morts et ceux qui vont naître qui peuvent absolument tout entendre.
J’ai accroché mon cerveau au portemanteau puis je suis sorti et j’ai fait la promenade parfaite.
Les hommes ? On vante aujourd’hui les mérites de l’entrepreneur, les vertus du chef d’industrie. On oublie trop que celui qui veut régner sur les choses doit inévitablement commencer par régner sur les hommes qui fabriqueront ces choses. Triompher dans les affaires c’est toujo…
Il aura fallu devenir adulte, pour nous rendre compte que les adultes n’existent pas et que nous avons été élevés par des enfants, que l’armure de nos rires rendaient faussement invulnérables.
Les poètes sont des enfants ininterrompus, des regardeurs de ciel, impossibles à élever.
Les ames sont des compas dont la pointe tremble à l’instant de se planter.Seuls les saints en tracent le cercle parfait.
Mes maîtres à l’école m’ont pendant des années parlé en vain : je n’ai rien retenu de ce qu’ils m’enseignaient, peut-être parce qu’ils le tiraient de leur certitude et non de l’ignorance printanière de leur âme.
Si nous ne respirions plus dans le ciel, alors nous suffoquons dans le néant.
J’ai déjà remarqué ça : les gens on les aime tout de suite ou jamais.
J’aurai passé mes jours à regarder le reflet de la vie sur la rivière de papier blanc. Ce n’est pas ce qu’on appelle vivre . C’est beaucoup mieux.
La terre se couvre d’une nouvelle race d’hommes à la fois instruits et analphabètes,maîtrisant les ordinateurs et ne comprenant plus rien aux âmes,oubliant même ce qu’un tel mot a pu jadis désigner.
Derrière la porte fermée à clé de sa chambre, Emily écrit des textes dont la grâce saccadée n’a d’égale que celle des proses cristallines de Rimbaud.
Ceux qui nous aiment sont bien plus redoutables que ceux qui nous détestent. Il est bien plus difficile de leur résister, et je ne sais rien de mieux que des amis pour vous amener à faire le contraire de ce que vous souhaitiez faire.